L’HISTOIRE DE NOS CHANTS

LE  31  DU  MOIS  D’ AOUT

Chant à virer au cabestan

Ce chant est l’un des plus connus et sans doute l’un des plus populaires. Il est dit « chanson de Surcouf ». Il est en tous cas donné comme le préféré de Surcouf, ce qui situe sa composition avant 1827, année de la mort du célèbre corsaire malouin. Il serait hasardeux de vouloir être plus précis mais la mention du Roi de France dans le refrain pourrait indiquer une origine remontant à l’Ancien Régime ou un peu plus récente : la Restauration.

Certains ont avancé que ce chant ferait référence au fameux combat victorieux de La Confiance, commandée par le célèbre corsaire malouin, contre le Kent en 1800 mais cela ne cadre guère avec le récit qu’en fit Louis Garneray. Le Kent était un gros navire marchand à trois ponts et 38 canons, pris dans l’Océan Indien et non pas une frégate qui cinglait vers Bordeaux.

LES TROIS MARINS DE GROIX

« Traditionnel » qui évoque la grande époque des thoniers groisillons. Entre 1870 et 1940, Groix a été le premier port français armant au thon germon : plusieurs conserveries sur l’île même, un thon en guise de coq sur le clocher, jusqu’à 300 thoniers environ se pressant à couple le long des quais. le déclin s’amorcera entre les deux guerres; déjà en 1935 il n’en reste que 215.

Il existe de ce chant deux versions pour la musique (une lente et une rapide) et deux versions pour les paroles (une longue et une courte). Nous chantons la version courte sur la musique lente (type complainte).

Ce chant, que nous ne pouvons pas dater, fait-il référence à un évènement particulier ou choisit-il les pêcheurs groisillons pour évoquer une bien tragique banalité? On rappellera la terrible tempête vécue en Bretagne dans la nuit du 19 au 20 septembre 1930 et ses 207 péris en mer… A Groix, ce furent six voiliers qui ne rentrèrent pas (Père Tudy, Deux Madeleines, Roitelet, Jules Verne, Algésiras, Joseph-Anne). Trente huit groisillons laissaient vingt deux veuves et vingt six orphelins.

SANTIANO

Ce chant, auquel il est devenu de bon ton de ne pas reconnaître le statut de chant de marins, nous vient d’Outre Atlantique par un curieux itinéraire.

Il évoque en fait la guerre américano-mexicaine de 1846/1848 et moque surtout le général mexicain Santa Anna qui fut vaincu par le général Taylor, défaite qui l’obligea à signer un traité qui donnait aux Etats Unis rien moins que le Texas, la Californie et le Nouveau Mexique.

Dans ce chant, Santa Anna est tourné en dérision et devient « Santiana » (Heave away, Santiana! leitmotiv qui revient deux fois à chaque couplet — Fous le camp, Santiana!).

Alors qu’il n’évoque que des combats sur terre, il devient très populaire sur les bateaux américains et britanniques dans différentes versions puis tombe dans l’oubli. Il est redécouvert par quelques groupes dans les années 55/60… et rapporté en France par Hugues Auffray dans la version que nous connaissons. De l’original il ne subsiste que la mélodie et le pauvre général Santa Anna est devenu le fameux trois-mâts … SANTIANO!

TACOMA

Le port de Tacoma se situe sur la côte Nord-Ouest des Etats Unis, tout à fait au fond de la baie de Vancouver/Seattle. Fondé vers 1875, il est le terminus Ouest de la Northern Pacific Railroad. Cette double vocation de port et de terminus ferroviaire a donnée naissance à la devise de la ville : When rails meet sails (Quand les rails rencontrent les voiles ou, si l’on veut retrouver l’allitération : Quand les voies rencontrent les voiles). Riche aujourd’hui de plus de 200 000 habitants, Tacoma demeure l’un des grands ports de la côte Ouest.

L’ origine de ce chant est américaine : The banks of Sacramento, dont il existe plusieurs versions… selon qu’il était chantée par un pionnier, un chercheur d’or ou un marin. La plupart sont en anglais mais on en trouve en allemand dialectal et en néerlandais. Il est daté du milieu du XIX° siècle.

La version française ne fait que reprendre la mélodie sur laquelle sont plaquées des paroles qui n’ont strictement rien à voir avec l’original. Ces paroles sont dues à HENRY-JACQUES. Né à Nantes , le 22 février 1886, il est marin, homme de lettres, musicologue et exerce le métier de journaliste à partir de 1903. Grand voyageur, il passe deux fois le Cap Horn en vivant la vie des cap-horniers. Il raconte ses expériences dans des romans et des poèmes. Il meurt à Paris le 11 avril 1973, à l’âge de 87 ans.

LE NAVIRE DU FORBAN

Paroles de Théodore Botrel (Dinan 1868 – Pont Aven 1925); musique d’ Emile Feautrier, natif de la Roche Bernard, collaborateur fréquent de Botrel et auteur en particulier de la musique de « La Paimpolaise ».

Il est de bon ton de dénigrer Théodore Botrel. On lui reproche facilement de n’avoir écrit qu’en français et non pas en Breton, ce qui est parfaitement injuste puisque natif de Dinan, il n’a jamais été bretonnant! Par contre, qu’il ait décrit une Bretagne de carton-pâte quelque peu larmoyante est tout à fait probable. Qu’il ait écrit beaucoup trop de couplets patriotiques durant le Grande Guerre est indéniable pour nombre de bretons sourcilleux.

Voici, avec Le Navire du Forban, un aspect peu connu de notre barde, qui montre qu’il savait être facétieux, voire osé puisque, pour l’époque, quelques vers auraient pu déplaire à Anastasie… Ce chant a été publié en 1898 dans le recueil « Chansons de chez nous ».

EUGENIE

Ce chant, malgré  quelques infimes points de contacts, n’est pas à confondre, bien que ce soit souvent affirmé, avec la Virginie emblématique des pêcheurs fécampais.

« Eugénie, les larmes aux yeux » n’est, semble-t-il, chanté qu’à la Légion Etrangère et évoque de toute évidence, en deux brefs couplets et un refrain, l’expédition du Mexique de 1862/1863  à laquelle la Légion a effectivement participé et durant laquelle elle a écrit l’une des plus belles pages de son histoire (combat de l’hacienda de Camerone le 30 avril 1863).

L’origine de ce chant est inconnue. La mélodie serait celle d’un chant de marins de provenance tout à fait incertaine. Quant aux paroles… Le premier couplet s’adresse à une certaine Eugénie; l’impératrice? la tenancière d’un estaminet? ou d’une « maison »? à laquelle on vient faire ses adieux en groupe en lui promettant un prompt retour? Le second couplet et le refrain parlent clairement de la traversée maritime France-Mexique.

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